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Chroniques


Isobel s’éveilla en sursaut.

À bout de souffle comme après un marathon interminable, elle se redressa vivement.

Elle avait fait un cauchemar.

Depuis aussi loin qu’elle pouvait s’en souvenir, ils faisaient partie de ses nuits; elle s’y était habituée.

Elle savait dompter la terreur qu’ils provoquaient.

ELIE SOHEEN – À LA CROISÉE DES RÊVES

– Co… comment vous …

– Comment je connais votre nom ? l’interrompit son interlocutrice de son ton aseptisé. Est-ce vraiment la question que vous devriez poser ? Sommes-nous dans votre rêve ? Sommes-nous dans le mien ? Sommes-nous ailleurs ? Je suis certaine que ces interrogations sont bien plus intéressants pour vous.

– Comment je pourrais être ailleurs que dans mon rêve ? Qu’est-ce que vous voulez ? asséna Isobel.

ELIE SOHEEN – À LA CROISÉE DES RÊVES

Depuis toute petite, elle était dotée d’une faculté particulière.

Pour elles, les songes n’étaient pas que des fictions inconscientes. Ils étaient autant de dimensions parallèles, alternatives, personnelles, fabriquées au moment d’entrer dans le sommeil paradoxal et détruites en une fraction de seconde au réveil.

ELIE SOHEEN – À LA CROISÉE DES RÊVES

C’était un endroit que personne ne pourrait jamais lui voler. Ici, pas de fantaisie, seulement une observation méditative.

Sa création commença alors à s’étioler. Le phénomène commença à l’horizon, délité progressivement. La Rêveuse savait ce que ça signifiait.

Jusqu’au bout, elle savourait ce qu’elle pouvait de ce décor idyllique et lorsque les ténèbres l’eurent rejointe, elle ferma les paupières.

ELIE SOHEEN – À LA CROISÉE DES RÊVES

À bout de souffle, elle restait pétrifiée au milieu de cette scène horrifiante, sa peau violacée d’ecchymoses. Secouée de spasmes, la préadolescente ne pouvait décoller les yeux des cinq corps qui gisaient dans l’herbe, sous le soleil estival. Ils étaient mutilés, presque méconnaissables, leurs multiples blessures en pleine hémorragie. Lentement, elle fit quelques pas avec des jambes de plomb pour se rapprocher de Marlon et darder sur lui ses prunelles mordorées. Il ouvrit la bouche pour parler, mais s’étrangla dans un gargouillis immonde qu’elle n’oublierait jamais.

ELIE SOHEEN – À LA CROISÉE DES RÊVES